Les femmes et les hommes utilisent-ils différentes régions du cerveau lors de tâches de mémoire?

La perte de mémoire en lien avec des événements personnels et les détails contextuels de ces événements (ce qui constitue la mémoire épisodique) est commune en vieillissant. La mémoire épisodique est le type de mémoire qui nous permet par exemple de se souvenir où nous avons stationné la voiture au centre d’achats, ou encore de se rappeler si nous avons pris nos médicaments ce matin. Elle est étroitement liée au développement de notre identité personnelle, en plus de nous permettre d’apprendre de nos expériences du passé et de planifier le futur.

Certaines évidences suggèrent que les femmes et les hommes diffèrent sur certains aspects de la mémoire épisodique. Par exemple, en moyenne les femmes performent mieux à des tâches verbales de mémoire épisodique, tandis que les hommes performent mieux à des tâches visuospatiales. Par contre, si ces différences reflètent des différences sexuelles biologiques du fonctionnement du cerveau et/ou des différences de genre liées à l’environnement ou la société qui mènent à l’utilisation de stratégies différentes est matière à débat.

Une importante question qui demeure est à savoir si les hommes et les femmes diffèrent dans leur stratégie neurocognitive face à la perte de mémoire en vieillissant. Étudier les différences et similarités entre les hommes et les femmes sur la perte de mémoire en vieillissant est important notamment pour mieux comprendre les différences maladies neurodégénératives liées au vieillissement qui peuvent affecter différemment les hommes et les femmes. Notamment, le risque de maladie d’Alzheimer, maladie qui affecte grandement la mémoire épisodique, est deux fois plus élevé chez les femmes (Chêne et al., 2015).

En effet, des évidences suggèrent qu’un déclin de la mémoire épisodique et une altération des réseaux du cerveau correspondant à cette fonction, soit les réseaux par défaut, du lobe temporal médian et du lobe fronto-pariétal, se manifeste bien avant le diagnostic clinique la maladie d’Alzheimer. Ceci indique que des personnes âgées sans trouble cognitif peuvent avoir des changements au niveau des fonctions du cerveau qui supportent la mémoire épisodique bien avant d’avoir tout autre symptôme de la maladie d’Alzheimer.

La majorité des études portant sur la perte de mémoire au cours du vieillissement « normal » n’ont pas investigué les hommes et les femmes séparément, assumant ainsi que les corrélats du cerveau en lien avec la perte de mémoire épisodique en vieillissant sont les mêmes pour les deux sexes. Étudier comment l’âge affecte la façon dont les femmes et les hommes se souviennent des souvenirs épisodiques fait progresser notre compréhension du vieillissement du cerveau et pourrait potentiellement être utilisé pour suivre le cours du vieillissement (par exemple les débuts d’un vieillissement « anormal » dans la maladie d’Alzheimer).

Dans le cadre de mon doctorat, mes collègues et moi avons étudié les différences entre hommes et femmes sur la mémoire épisodique et le fonctionnement du cerveau chez 82 participants (50% de femmes) tout au long de la vie adulte. Les participants devaient visionner une série de visages (période d’encodage de la mémoire épisodique) et plus tard devaient se rappeler si le visage avait été montré à gauche ou à droite lors de la période d’encodage (période de rappel). Nous sommes intéressés à la performance à cette tâche de mémoire ainsi qu’à analyser quelles parties du cerveau sont activées durant cell-ci. Ainsi, nous avons enregistré l’activité cérébrale des participants pendant qu’ils faisaient la tâche en utilisant l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Cette technique d’imagerie enregistre le niveau d’oxygène sanguin (signal BOLD), qui est une mesure indirecte de l’activité cérébrale. Les participant(e)s complètent la tâche de mémoire de se souvenir des différents visages dans le scanner, ce qui permet d’enregistrer leur activité cérébrale.

Nos résultats ont montré que les hommes et les femmes avaient des performances similaires sur la tâche de mémoire. Cependant, les données de neuroimagerie (activité du cerveau enregistrée par l’imagerie fonctionnelle) ont révélé une image plus détaillée de la façon dont les hommes et les femmes ont exécuté la tâche de mémoire. Plus précisément, pendant l’encodage des visages, les résultats de l’IRMf ont montré que les hommes et les femmes présentaient une activation cérébrale similaire. C’est durant la période de rappel que les différences furent apparentes. Les femmes utilisaient les parties fronto-pariétales et temporales du cerveau pour apprendre et se souvenir des visages avec succès. Les hommes utilisaient ces mêmes régions pour apprendre les visages, mais durant la période de rappel, ils faisaient appel à des régions additionnelles. Pour se souvenir des visages, les hommes avaient plus d’activation dans des régions du cerveau importantes pour le traitement sémantique (c.-à-d., le traitement de faits, de concepts, et leur signification). Ces différences suggèrent que les hommes et les femmes ont utilisé différentes stratégies de rappel au niveau fonctionnel (au niveau de leur activité cérébrale) pour se rappeler avec succès les associations de visage-localisation apprises pendant l’encodage.

Nos résultats ont également montré, sans surprise, que les jeunes adultes étaient meilleurs à se souvenir des événements personnels que les adultes plus âgés. Fait intéressant cependant, nous avons observé des différences entre les hommes et les femmes sur comment l’activation du cerveau durant la tâche de mémoire change en vieillissant. Les femmes plus âgées ont montré moins d’activation dans les zones corticales frontales et médianes de l’hémisphère droit, qui sont des régions du cerveau associées à des dysfonctions très tôt dans la maladie d’Alzheimer. Cependant, les femmes plus âgées étaient en mesure de compenser en recrutant avec succès des zones fronto-pariétales du cerveau durant l’encodage pour aider leur performance de mémoire.

Nous avons également observé des différences entre les hommes plus jeunes et plus âgés. Chez les plus jeunes, le recrutement de régions du cerveau liées au traitement sémantique était lié à une meilleure performance à la tâche de mémoire tandis que les hommes plus âgés ne recrutaient pas ces régions pour aider leur mémoire.

Ces résultats impliquent que bien que les hommes et les femmes soient bons (ou mauvais…) à se souvenir d’événements personnels, la façon dont leur cerveau y arrive peut être tout à fait différente! Ces sujets ont d’importantes implications sur la façon dont nous considérons le vieillissement du cerveau chez les hommes et les femmes et il est important de s’y attarder. Par exemple, ces études sont cruciales pour développer une médecine plus personnalisée chez les femmes et les hommes pour des maladies liées à l’âge, comme la maladie d’Alzheimer.

Pour en savoir plus sur cette étude : https://www.mitpressjournals.org/doi/abs/10.1162/jocn_a_01455?af=R#.XVLstWkFLqQ.twitter

Nous recrutons actuellement des participants en bonne santé pour étudier comment le sexe biologique, le genre, les niveaux d’hormones sexuelles et les facteurs de risque génétiques de la maladie d’Alzheimer influencent l’activité cérébrale, la structure du cerveau et la mémoire. Pour plus d’informations et pour participer, visitez: http://rajahlab.com/participate/

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